Les Templiers 
Egalement nommé Ordre du Temple, les Templiers sont un ordre de moines combattants, fondé en 1118 à Jérusalem et dissous en 1312 par Philippe IV le Bel.
Origine
L'ordre du Temple est créé par quelques chevaliers (dont Hugues de Payns) croisés en Terre Sainte, l'actuelle Palestine (lire la mystérieuse mission d'Hugues de Payns, en bas de page). Le roi de Jérusalem, Baudouin II, les installe près de l'église du Temple après qu'ils aient fait vœu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Avec l'appui de saint Bernard de Clairvaux, la règle est bientôt approuvée et publiée par le concile de Troyes (1128). Du fait de l'alliance prônée entre idéal chevaleresque et idéal monastique, le succès du Temple est rapide ; de nombreuses donations — dont le legs, volonté inappliquée, d'une partie du royaume d'Aragon par le roi Alphonse le Batailleur — viennent remplir ses caisses et lui permettent une politique systématique d'acquisition de terres et de défrichements.
Organisation
La règle cistercienne des Templiers est très stricte. Les punitions imposent des jeûnes sévères pour des délits concernant toute entorse aux trois règles fondamentales de l'ordre. Le trousseau, réduit, marque la hiérarchie de l'ordre : si tous les manteaux sont frappés de la croix rouge — symbole de l'ordre depuis 1149 —, les manteaux des chevaliers sont blancs, tandis que ceux des sergents, des chapelains et des écuyers sont noirs.
Un rayonnement sur toute la Méditerranée
Cette hiérarchie suggère une réelle étendue des possessions de l'ordre : en 1257, elles s'élèvent à 3468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes, réparties dans dix-neuf provinces et sous-provinces. La maison de Jérusalem comprend deux couvents avec 350 chevaliers et 1200 sergents. Les pays de combat sont ceux de la Reconquête : Palestine, péninsule ibérique, Hongrie ; les activités militaires sont bien réelles : cinq Grands Maîtres périssent au combat. Ces activités militaires sont largement financées par les revenus des pays de rapport : ces provinces, divisées et subdivisées en régions, bailliages et maisons, se trouvent dans toute l'Europe catholique. Le bailliage d'Arles comprend ainsi les commanderies avec juridiction d'Aix, Col de Cabres, Richerenches, Arles ; huit commanderies sans juridiction (dont Nice ou Avignon) ; vingt-trois commanderies dépendantes ; une vingtaine de maisons du Temple et une centaine de biens fonciers divers. Cette richesse, inégalée dans tout l'Occident chrétien, permet au Temple de subventionner largement les papes et les rois pour les entreprises de la croisade.
Du repli à la dissolution
Les statuts de l'Ordre du Temple sont réformés à cinq reprises ; Boniface VIII souhaite, au début du XIVème siècle, unir les Templiers et les Hospitaliers, mais Jacques de Molay, alors Grand Maître, refuse cette proposition. Or, à cette période, les données de la croisade ont profondément changé : l'Empire latin d'Orient, avec la chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, a cessé d'exister et les Templiers survivants se replient en France — d'où le roi, Philippe IV le Bel, s'est vu refoulé à l'entrée de l'ordre. Malgré le passé glorieux de l'ordre (Damiette, Alep, Las Navas de Tolosa), Philippe le Bel, en manque de numéraire, fait emprisonner les Templiers, les fait torturer par l'Inquisition après avoir fait main basse sur leurs richesses et leurs livres de comptes ; les aveux de 137 templiers — qui reconnaissent tout ce que l'on veut pourvu que l'on cesse de les torturer — justifient la suppression de l'ordre au concile de Vienne en 1312 devant le pape Clément V, alors que les rois et princes d'Angleterre, d'Espagne, d'Écosse, d'Allemagne, entre autres, ont reconnu l'innocence du Temple. Le maître Jacques de Molay est brûlé vif en 1314. Les biens du Temple reviennent aux Hospitaliers ou aux ordres successeurs qui sont créés en Espagne : l'ordre de Notre-Dame-de-Montesa dans la région de Valence et l'ordre du Christ au Portugal. Entré dans l'imaginaire collectif à cause de l'extraordinaire opération de propagande menée par Philippe le Bel et inlassablement reprise ensuite sous forme de légendes, l'ordre du Temple est, sans doute, l'une des créations les plus représentatives de l'époque des croisades.
La mystérieuse mission d'Hugues de Payns
Nous l'avons vu dans la présentation générale, l'ordre du Temple est officiellement né en Terre Sainte en 1118. Néanmoins, nous allons constater que la reconnaissance officielle de l'Ordre en 1118 n'est que le prolongement d'une "mission" ou d'une "enquête" commencée près de 10 ans plus tôt...
Il a été démontré et accepté par tous les historiens que Hugues de Payns a effectué au moins deux voyages en Orient au lendemain de la première Croisade, en 1104-1105 et en 1114-1115, les deux fois en compagnie du Comte Hugues de Champagne.
Il convient de s'arrêter un instant sur le personnage du Comte de Champagne. Il est un des principaux feudataires du royaume, environ 4 à 5 fois plus riche que le Roi de France ! Très influencé par un certain mysticisme religieux, ses liens avec Etienne Harding, l'Abbé de Citeaux qui réforma la pensée Bénédictine pour former le mouvement Cistercien, sont plus qu'étroits. Les liens sont si étroits qu'Etienne Harding fait venir à Citeaux un moine de l'Abbaye de la Chaise-Dieu, spécialiste des textes hébraïques en 1115. En 1115, au lendemain du retour d'Orient du Comte de Champage, justement ! La même année, le même Comte de Champagne prend sous sa protection directe un jeune Moine de Citeaux, Bernard, en lui offrant une terre située sur les territoires qu'il contrôle, à Clairvaux. Dès lors, l'Abbaye de Clairvaux et la pensée du futur Saint-Bernard régneront sur tout le monde Chrétien durant le XIIème siècle...
En 1118, on retrouve parmi les "neuf" fondateurs de l'Ordre du Temple un certain André de Montbard. Il n'est ni plus ni moins que l'oncle de Bernard de Clairvaux. Il n'est pas inutile de rappeler que le concile a eu lieu à Troyes, le berceau d'Hugues de Payns et du comte de Champagne, qui rejoindra les Templiers en 1126 pour se mettre sous les ordres d'un ancien vassal, après avoir abandonné femme, enfants, richesses et pouvoirs... Bernard de Clairvaux, si il n'est pas établi qu'il dirigea effectivemement le concile, a toutefois largement influencé la rédaction de la règle de l'Ordre, en instituant le concept du moine-soldat, dans la stricte lignée de sa pensée exhortant la noblesse à renoncer aux guerres privées pour se mettre au service de la foi.
Récapitulons brièvement la chronologie :
- 1104-1105 : Hugues de Payns et le Comte de Champagne se rendent en Orient en pélerinage
- 1105-1114 : On ne sait si Hugues de Payns revient en même temps que le Comte de Champagne mais on est certain de sa présence en France en 1110 grâce à une charte signée de sa main. En 1109, Etienne Harding est élu Abbé de Citeaux. Ses liens avec le Comte de Champagne sont étroits.
- 1114-1115 : Les deux Hugues repartent en Orient. Hugues de Payns y reste, c'est certain. L'Abbaye de Citeaux se met à étudier des textes Hébreux. Le Comte de Champagne prend Bernard sous sa protection et lui donne la terre de Clairvaux.
- 1118 : L'oncle de Bernard est avec Hugues de Payns lorsque le patriarche de Jérusalem leur octroie pour résidence le Temple de Salomon, en 1118.
- 1118-1126 : Le trou noir. On sait uniquement que les Templiers ont procédé à des fouilles sous le Temple de Salomon, au niveau des anciennes écuries. Rien ne prouve ou n'infirme la possibilité de nouveaux aller-retours entre Jerusalem et la Champagne. Aucun fait d'arme ne semble attribué aux Templiers durant cette période.
- 1126 : Le puissant Comte de Champagne répudie femme et enfants, abandonne sa fortune et ses pouvoirs pour se joindre aux Templiers, sous les ordre de Hugues de Payns, son ancien vassal.
- 1127 : Retour en Champagne de Hugues de Payns et de cinq chevaliers du Temple et tenue du Concile de Troyes officialisant et accordant à l'Ordre du Temple une totale indépendance vis à vis du clergé séculier et des souverains temporels, sous la houlette d'Etienne Harding et de Bernard de Clairvaux.
Les choses sont plus claires. L'origine de la création de l'Ordre du Temple est à peu de choses près une affaire de famille et tout s'articule autour du Comte de Champagne et du mouvement cistercien : Les principaux créateurs et leurs maîtres à penser sont originaires du Comté de Champagne, leurs autres compagnons sont issus de la maison des Princes de Flandres, croisés et pélerins de la première heure.
Reste le mobile, la finalité, le but... L'omniprésence de Bernard de Clairvaux et d'Etienne Harding autour des fondateurs de l'Ordre éclaire sur le fondement religieux et même mystique des origines de l'Ordre. Mais ne soyons pas naïfs, neuf chevaliers ne pouvaient techniquement pas assurer la protection des chemins de pélerinage au contact constant de l'ennemi. A fortiori sans recruter durant 10 ans, ce que la fortune du Comte de Champagne aurait pourtant largement permis. Un des princes les plus riches du royaume de France n'abandonne pas ses richesses et les siens pour surveiller les routes sous les ordres d'un vassal, même pour la Foi la plus profonde. Il y a autre chose.
Ils sont partis chercher quelque chose en Orient. Quelque chose de primordial pour la religion de Bernard et d'Etienne. Quelque chose ne pouvant se trouver que sur les Lieux Saints. Quelque chose de tellement secret que seul le Pape a dorénavant prise sur l'Ordre. Quelque chose de si fabuleux que seuls les liens du sang des fondateurs peut le protéger... Tout s'explique alors : Les voyages de "reconnaissance" de 1104 et 1114, l'étude de textes hébreux en 1115 à Citeaux, les fouilles sous le Temple de Salomon à partir de 1118, etc. En 1126, ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient : Le Comte de Champagne abandonne tout et les rejoint. En 1127, il faut protéger le secret : Le concile de Troyes rend les Templiers intouchables et les transforme en armée de défense des Lieux Saints.
Mais qu'ont-ils cherché... et trouvé ? Le Saint-Graal ? Les secrets architecturaux qui feront rayonner l'art gothique à partir de ce XIIème siècle ? L'Arche d'Alliance ? Quelque savoir ésotérique en rapport avec l'Islam ? Des documents sur Jésus-Christ ? Nul ne le sait et ne peut être affirmatif... Mais une chose demeure certaine, la création de l'Ordre du Temple ne s'est pas faite dans le but un peu simpliste de protéger les pélerins sur les routes mais répond à une démarche longuement réfléchie, voire une quête mystique, plus ou moins commanditée par les moines cisterciens, Etienne Harding et Bernard de Clairvaux.
|